Articles du mois de juillet, 2010

De la Turquie à la Syrie…

juillet 8th, 2010

Depuis le début de notre voyage, c’est bien la première fois que l’on va aussi vite…
En effet, c’est la première fois que l’on est soumis à une limite de temps dans un pays en raison des visas.
En un mois, Caonabo a roulé sa bosse et avalé les kilomètres sans rechigner.
Beaucoup de kilomètres veut aussi dire nombreuses villes à découvrir, nombreux souks tous aussi palpitants et colorés les uns que les autres, et bien sûr beaucoup de visites…
Ce dernier mois a été très riche aussi bien sur le plan des rencontres que sur nos découvertes.
J’aurais pu mettre par écrit tout ce que nous avons vu et fait pendant ce mois, mais je pense que ce récit serait vite devenu soporifique !
Je vais donc vous épargner les détails et plutôt m’attarder sur ce qui a vraiment retenu notre attention.
Après avoir quitté Istanbul et Bursa, entre Eskisehir et Afyon, nous avons découvert la vallée Phrygienne.

Les Phrygiens vinrent s’installer en Anatolie vers 2000 av JC.
Ce peuple vivait dans des maisons creusées dans la roche et formait une civilisation sophistiquée : on leur attribue d’ailleurs l’invention de la frise, de la broderie, et de nombreux instruments de musique comme la clarinette, la flûte, la lyre, la flûte de pan et le triangle.
Cette vallée peu visitée nous a séduit ! Les vestiges sont en très bon état et nous sommes bien souvent seuls pour en apprécier la beauté.
Crapahuter, escalader dans les maisons troglodytes : coup de coeur de nos enfants.
Un bon plan pour allier histoire et jeux !
Avec en plus chaque soir, un bivouac seuls en pleine nature …
Dans cette vallée, les magnifiques vestiges Phrygiens se trouvent au milieu d’un paysage superbe : rochers escarpés au milieu de forêts de sapins.
Et puis plus on descend vers le sud, plus les rochers laissent la place à un paysage agricole : mosaïque de champs jaunes et verts.
A proximité d’Afyon, on aperçoit les champs mauves et blancs de pavot, petites taches de couleur au milieu de ces champs de blé brûlés par le soleil.
La région d’Afyon produit plus d’un tiers de la production mondiale d’opium utilisé dans l’industrie pharmaceutique.

Vallée Phrygienne

Gaziantep

 

  

Les fleurs de pavot

Célestine devant le tombeau de Midas

Ensuite, nous avons continué notre route pour aller à Sanliurfa en passant par Konya, Adana et Gaziantep.
Ce qui fait l’interêt de Sanliurfa, c’est la légende qui l’entoure.
On raconte qu’Abraham, un prophète majeur dans l’islam, serait né dans une grotte à Sanliurfa.
Le Roi Nemrod, ayant fait un songe dans lequel un enfant lui volait son trône, avait ordonné la mort de tous les bébés du royaume.
Abraham resta caché dans cette grotte durant sept ans.
On raconte aussi qu’Abraham devenu adulte, voulait détruire tous les dieux païens. Pour le punir de cette offense, le Roi Nemrod le fit brûler sur un bûcher.
Mais, Dieu transforma le feu en eau, les braises en poissons et Abraham fut projeté dans le ciel et retomba sur un lit de roses.
Au pied de la citadelle, à côté de la grotte d’Abraham, cette légende est reconstituée au travers d’un parc où l’on peut déambuler paisiblement entre les roseraies et les bassins d’eau remplis de carpes énormes, nourries par les touristes.
Il est dit que celui qui tenterait de prendre une carpe deviendrait aveugle sur le champs !
Bien entendu, quatre enfants très dubitatifs au sujet de cette légende, se sont essayés à attraper une carpe…
On raconte que les gardiens ont sifflé ces quatre enfants avant qu’ils aient pu accomplir leur forfait…
Mais ça, c’est une autre histoire !!!
Abraham étant né et ayant vécu ici, la ville de Sanliurfa est devenu un lieu de pélerinage.
A côté de la grotte où est né Abraham, une mosquée a été construite.
On peut entrer dans la Sainte grotte sous certaines conditions: les hommes et les femmes ne doivent pas entrer du même côté, il y a deux entrées séparées, les femmes doivent revêtir une grande et longue blouse grise à capuche (très sexy !), il faut se déchausser .
La blouse sur le dos, la capuche sur la tête et les chaussures à la main, on peut enfin pénetrer dans ce lieu Saint.
Il parait que du côté des hommes c’est très calme. mais du côté femme, ça ressemble à un jour de solde où la gente féminine perd toute dignité pour devenir harpie et s’arracher le dernier bustier très fashion à un prix incomparable.
Sauf qu’ici, c’est de l’eau qui est l’objet de tant d’hystérie !!!! Bon d’accord, de l’eau sacrée tout de même !
On se bouscule, on s’écrase, on se pousse, on se crie dessus… tout ça pour un peu d’eau qui jaillit de la grotte…
Une fois la source atteinte, il faut boire de cette eau sacrée et remplir le plus de bouteilles possibles en ignorant les cris de celles qui sont derrière et qui attendent.
Désaltérées, bouteilles en main les pélerines s’adonnent enfin à la prière.
Nous avons essayé d’atteindre la source, mais devant cette cohue, nous avons vite abandonné d’autant que nous ne sommes pas touchées par le caractère sacré de cette eau…
Mais même quand les femmes sont en train de prier c’est fascinant : elles pleurent, embrassent la roche, secouent la grille…
Cette ferveur religieuse nous a tant surprises, que nous n’avons pu nous empêcher de nous asseoir et d’observer. Moment inoubliable…
C’était vraiment de la folie….

Mosquée en bois Seldjoukide d’Afyon

  

Invitation à Gaziantep

Sanliurfa

Grotte d’Abraham à Sanliurfa

En Turquie, quand il n’y a pas de parc pour enfants !!!!!!!!

  

Nous avons continué notre route en direction de l’Anatolie.
Le paysage s’est fait plus monotone : un patchwork de jaune du blé brûlé par le soleil, de vert du blé encore jeune et de noir des champs brûlés.
Il a fait chaud, très chaud en Anatolie… Le mercure flirtait avec les 45°C…
Même la moindre brise de vent était chaude…
Pendant la nuit, l’air ne se rafraichit pas : la température dans le camion ne descendait pas en dessous de 38°C !
Malgré cette chaleur infernale, nous avons tout de même profité des trésors de l’Anatolie, véritable cours d’histoire de la Turquie à ciel ouvert.
Bravo à nos quatre globe trotters : visiter des ruines sous 45°C, pour des enfants ce n’est pas toujours excitant…
Mais ils sont su être patients et surtout intéressés et curieux pour notre grande fierté !
Depuis le paléolithique, cette région est occupée par l’homme. Il est même écrit dans le livre de la Genèse, qu’Harran, petit village à côté de Sanliurfa, aux maisons en forme de ruche, serait occupé depuis la nuit des temps.
Ensuite, les Hittites, les Phrygiens, les Mysiens, les Assyriens, les Georgiens, les Perses, les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Seldjoukides, les Ottomans ont occupé successivement la Turquie, laissant en héritage de nombreux vestiges marqués de leur influence.
Tombeaux Phrygiens, nécropole Romaine, aqueducs Romains, mosquées Seldjoukides, couvents Assyrien, caravansérails Ottoman…

Couvent Assyrien à Mardin

Mardin

Harran

Dara

Anciennes citernes de l’époque romaine

Une fois à Mardin, nous étions si proche de la Syrie que nous nous sommes dit « Pourquoi pas ??? »
Nous n’y avions pas pensé, mais nous avons trouvé l’idée tentante d’aller faire un tour au Moyen Orient…
Sans visas, nous nous sommes présentés à la frontière Syrienne.
Trois heures plus tard, visas en poche et quelques dollars en moins, nous étions en Syrie. Tout le monde nous acceuillait de « Welcome » (Bienvenus) souriant…
Venant de Turquie et sous plus de 40°C, Clémentine et moi étions en tee-shirt : les douaniers nous ont demandé de nous couvrir les bras…
Un peu agacées, (il fait chaud, très chaud !), nous avons obtempéré… Cela fait partie des coutumes du pays, il nous faut nous adapter…
Mais c’est chouette, nous sommes en Syrie pour deux semaines !!!
Et puis, se profile l’idée de poursuivre peut-être en Jordanie ???
Les paysages Syriens ne sont pas extraordinaires : en Anatolie ce sont des patchwork de champs, du plat à perte de vue…
Dans la vallée de l’Euphrate, la région très irriguées est plus verdoyante.
Il faisait si chaud que nous n’avons pas résisté à un bain dans ce fleuve.
Avec Clémentine, nous avons testé pour la première fois le maillot de bain intégral : caleçon long et tee-shirt manches longues…
Dans l’eau, ça fait « splotch, splotch » et le tee-shirt a une fâcheuse tendance à remonter jusqu’au cou !
Une fois dehors, c’est long à sécher au soleil…
Bref, pas top le maillot intégral ! Mais on ne voulait pas heurter les locaux.
Notre première étape en Syrie : Aleppo, sa citadelle, son quartier catholique et le plus grand souk du Moyen Orient.
Aleppo est une ville très conservatrice : la  grande majorité des femmes sont voilées et portent de longs manteaux noirs.
Et beaucoup de femmes portent le voile intégral. Silhouette noires où pas un morceau de peau ne peut être vu.
Pour nos enfants, c’était une première : un peu d’incompréhension de leur part…
« Pourquoi ? Est ce qu’elles le veulent ? Elles doivent avoir chaud ? »
Même Célestine se demande encore comment elles font pour voir !!!
Plus que jamais avec Clémentine, nous avons fait très attention à notre tenue vestimentaire : manches longues et pantalon.
Et pourtant… Nous avons bien souvent eu l’impression que ce n’était pas suffisant.
Les regards des hommes sont lourds, vicieux.
Mais je crois que ce qui m’a été le plus difficile, c’est le regard des femmes.
Dans leurs yeux, j’ai lu… Colère ? Mépris ? Honte ? Curiosité ?
J’ai plus souvent ressenti du mépris et croisé peu de regards amicaux.
Certaines femmes portant le voile intégral l’ont même soulevé pour mieux nous regarder.
D’autres nous faisaient des signes pour tirer sur une jupe qui remontait légèrement ou sur un tee-shirt qui tombait trop sur le devant.
Parce que nous ne portons pas de voile et que nous venons d’occident, pensent elles que les mots dignité et honneur n’ont aucun sens pour nous ???
Une nouvelle expérience que nous n’avions jamais rencontré dans le voyage.
Heureusement que nous avons tout de même reçu quelques sourires, ils ont atténué ma colère et ma rancoeur…
Et le plus drôle, c’est que les souks regorgent de boutiques de sous vêtements féminins tous plus affriolants les uns que les autres !!!
Après Aleppo, nous avons voulu aller au bord de la mer pour chercher la fraicheur. Et puis, Lattakia, station balnéaire, est une ville beaucoup moins conservatrice et peut-être la plus occidentalisée de la Syrie.
Nous avons été très décu par Lattakia : les belles plages sont réservées aux hôtels de luxe. Il ne reste que des petites plages publiques très, très sales qui ont souvent des allures de décharge.
Nous ne nous sommes pas baignés dans les eaux méditerranéenne de la Syrie !
Ceci dit, il est vrai que Lattakia semble être occidentalisée : les jeunes filles portent des jeans avec des hauts très seyant, les épaules souvent nues.
Oubliées les manches longues, nous avons retrouvé nos manches courtes avec plaisir !
La Syrie est un pays qui a été occupé depuis 250 000 ans av JC. Des fouilles auraient même révélé l’existence des premières villes du monde.
La Syrie a donc une histoire riche et donc beaucoup de sites archéologiques à visiter !
Même si nos enfants se sont montrés patients et intéressés, nous avons senti qu’il ne fallait tout de même pas abuser !
Nous nous sommes contentés de visiter les sites les plus grands et les mieux conservés comme Saint Siméon, Sergilla, une cité morte construite dans les années 100 ap JC, le château Crac des Chevaliers et Palmyre.

Cathédrale St Simeon

  

La boulangerie

Citadelle d’Alleppo

Première invitation en Syrie, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre !

Les femmes préparent la cuisine !

Chateau Crac des chevaliers

Ville abandonnée de Sergilla


La divine Palmyre : ancienne cité Romaine au milieu du désert dans une oasis. Splendide.

A Damas, il y a une des plus grande mosquée du Moyen Orient : la mosquée Omeyade. Elle a été source d’inspiration pour de nombreuses autres mosquées.
Et elle est aujourd’hui un grand lieu de pèlerinage car la tête de John le Baptiste (prophète Yehia), un autre prophète majeur de l’Islam, est enterrée dans cette mosquée.
Ici aussi, nous avons un peu retrouvé la même ferveur religieuse qu’à Sanliurfa.
Les hommes sont toujours très calmes, les femmes sont plus démonstratrices de leur foi.
Devant le tombeau de John le Baptiste, elles embrassent la grille, pleurent à chaudes larmes, psalmodient un chant douloureux, frottent la grille pour récupérer un peu de poussière et ensuite se frotter le visage…. Impressionant.
Mais ce que nous aimons le plus dans les mosquées, c’est que chacun vaque à ses occupations : certains dorment sur la moquette moelleuse de la salle de prière, d’autres téléphonent, on peut même grignoter un morceau, on discute…. La mosquée est avant tout un lieu de rencontre, un lieu social.
Mais le mieux à voir, ce sont les enfants insouciants qui ne savent pas l’importance religieuse du lieu et qui courent dans tous les sens, crient, rient, font des galipettes, se vautrent par terre au milieu de ceux qui prient… On adore ! Bien sûr, les nôtres n’échappent pas à la règle…
Et puis nos deux semaines en Syrie ont pris fin…

Un des nombreux palais de Damas

Mosquée  Omeyade à Damas

Sans nous poser trop de questions, il est apparu évident de continuer notre route en Jordanie.
Deux heures à la frontière, les visas obtenus facilement, nous voici pour quelques semaines au Royaume d’Abdallah et de Rania de Jordanie.

Je ne peux terminer cette mise à jour sans écrire quelques lignes sur nos rencontres.
Depuis le sud est de la Turquie, nous sommes sans cesse invités.
On demande notre route, et c’est un thé que l’on nous offre. On part explorer des maisons troglodytes, et chaque fois que l’on rencontre quelqu’un on nous offre un thé, on repart avec un friand à la viande, du pain, des graines….
On s’arrête pour bivouaquer, nous avons à peine le temps de nous installer que nous sommes déjà invités à dîner dans une famille.
Si nous refusons, nous sentons que nous les offensons.
Nous ne parlons pas le turc, eux parlent quelques mots d’anglais, seulement quelques mots, mais ce ne sont que sourires, éclats de rire, et gestes des mains.
Avec Clémentine et Noëline, nous sommes aux anges car s’il y a un bébé dans la famille, on nous le donne dans les bras signe de confiance, cadeau de bienvenu, je ne sais…
Dans chaque famille, il y a un oncle, un ami, un voisin musicien, alors pour nous faire plaisir, ils nous jouent de la musique, chantent, dansent…
Nous sommes bien entendu conviés à nous joindre à la fête et à danser.
Arrivés en Syrie, cette culture de l’accueil de l’autre est omniprésente.
Dès le premier soir, nous avons été invités dans une famille arabe très conservatrice et très typique.
Jean No a été pris en main par les hommes de la famille. Les femmes restant en retrait, nous nous sommes dirigées vers elles.
Immédiatement, elles nous ont accueillies avec joie et nous sommes allées nous installer dans une pièce à l’abri du regard des hommes.
La barrière de la langue était omniprésente, car cette fois les femmes ne parlaient pas un seul mot d’anglais.
On mimait, on parlait avec les mains, les yeux… Et puis les enfants qui restent avec les femmes nous ont aidé à trouver des sujets de conversation.
On nous a donné dans les bras la petite dernière de 5 mois d’une famille de huit. Nous avons été un peu plus ennuyées : elle ne porte pas de couche, juste un léger pantalon…
Mais il n’y a pas eu d’accident.
Dans cette famille, le bébé est encore emmailloté pour la nuit : jambes et bras sont pris dans un linge très serré, toujours sans couche.
Comme nous avons été invités à partager leur repas, nous avons aidé à le préparer.
Les deux poules que nous avons vu courir devant nous quand nous sommes arrivés ont été au menu.
Nous avons préparé le repas accroupies, à même le sol.
Une fois prêt, la maîtresse de maison a préparé un beau plateau. L’ainée de la famille a apporté le plateau aux hommes vautrés sur des coussins.
Nous avons ensuite été entrainées dans une autre pièce où nous avons attendu que ces messieurs aient terminé leur repas.
Même les enfants ont attendu avec nous : il était pourtant tard et ils tombaient de sommeil.
Enfin, les jeunes filles ont préparé un nouveau plateau à partir des restes des hommes : salade de tomates et concombres, poulet frit sur de la semoule.
Délicieux.
Nous avons mangé dans un plat unique, chacun piochant avec sa cuillère dans la semoule et la salade.
Cette invitation dans une famille Syrienne restera aussi un beau souvenir.
Mais elle ne restera pas la seule. Incroyable !
Dès que nous nous arrêtons, nous sommes invités : pour un thé, un déjeuner, un dîner….
Bien souvent les femmes et les hommes ne partagent pas ce moment ensemble. Une seule fois,  nous avons mangé tous ensemble.
Mais l’accueil en Syrie c’est aussi des friandises que l’on offre aux enfants, un fruit sur un marché…
Un soir, un garçon accompagné de son père était très intrigué par le camion. Nous l’avons invité à venir dans le camion.
Il est reparti avec un bonbon et il est revenu quelques minutes plus tard avec des pâtisseries…
Un jour, Taddéo en plein souq a eu envie d’aller aux toilettes. Un Syrien parlant français nous a entendu. Il a conduit Taddéo aux toilettes de la mosquée et il a payé pour lui l’accès aux toilettes.
Plus que les paysages et les vestiges Syrien, nous garderons en souvenir l’accueil légendaire de ce peuple arabe et leur gentillesse.