Regard sur le Népal …
Expé mars 1st, 2011
Pokhara, six heures du matin, une fine brume enveloppe les montagnes et la ville.
Peu à peu, les habitants se réveillent.
Il fait frais, 3°C.
Pour se réchauffer, devant leurs maisons, les népalais font brûler du bois encore humide ou de la paille de riz. Une fumée blanche s’élève de ces feux de fortune, imprégnant l’air d’une odeur âcre.
Enfants, femmes et hommes se regroupent autour du feu pour prendre leur petit déjeuner.
Au menu, Dal Bhat : du riz et des épinards que l’on mange avec la main droite, la gauche étant réservée aux taches impures comme lacer ses chaussures ou se nettoyer le derrière.
Une fois le repas avalé, les femmes font la vaisselle accroupies, en prenant l’eau à la pompe qui se trouve à côté de leur maison. L’eau courante est un luxe ou un rêve dans les campagnes…
Toujours regroupés autour du feu qui est en train de mourir, les familles attendent que le soleil pointe le bout de son nez.
Les femmes préparent dans des petites coupelles des offrandes pour leurs dieux : riz, fleurs, lait…
Elles déposent leurs offrandes devant un stupa, sorte de petit autel. Enfin, à l’aide d’une cloche, elles préviennent leurs divinités.
La journée peut enfin commencer. Il faut s’occuper des chèvres, des vaches ou aller aux champs….
Les enfants revêtent leur uniforme pour aller à l’école. Les filles nattent leurs cheveux qu’elles nouent à l’aide de rubans blancs.
Les plus petits jouent avec les eaux usées à côté des pompes à eau.
Plus loin, dans une échoppe, une femme fait couler de la pâte dans de l’huile bouillante dans une grande poêle au dessus d’un feu de bois. Elle prépare des rotis, des beignets ronds et délicieux.
A l’intérieur de Caonabo, l’équipage se réveille doucement.
Aujourd’hui, nous partons en trek. L’excitation augmente progressivement.
« T’as pris mon bonnet ? Et mon doudou, je peux le prendre ? T’as pas oublié les biscuits ? J ‘arrive pas à accrocher mon sac de couchage sur mon sac à dos ! »
Dix heures, nous sommes enfin prêts, il est temps de partir.
Sacs aux dos, nous entamons notre marche.
Nous traversons des villages pittoresques et ravissants. Sur les terrasses, des graines sèchent.
Les femmes font la lessive à la main, toujours accroupies au pied des pompes à eau. Dans le même temps, elles en profitent pour se laver: enroulées dans un tissu afin de couvrir leurs seins et leurs fesses, elles s’aspergent d’eau glacée.
Assises sur des tabourets, d’autres femmes s’épouillent.
Les yaks se promènent librement.
Les villages sont entourés de cultures de riz en terrasse, et en fond de paysage, la chaine de l’Himalaya. On aperçoit l’Annapurna qui se détache des autres sommets, majestueux.
On nous lance des « namasté » de tous les côtés.
Ces traversées de village pourraient être idylliques, mais de nombreux enfants nous suivent et nous demandent du chocolat, des bonbons, de l’argent ou des stylos !
Cela devient très vite agaçant !
Après 5 heures de marche et un dénivelé de 800 mètres, nous arrivons dans un petit village.
La vue est époustouflante. Nous assistons à un coucher de soleil splendide: seuls face au toit du monde.
Muets d’admiration, le silence nous enveloppe en même temps que le froid.
Nous trouvons un hôtel très rudimentaire: un euro par lit pour la nuit.
Je sais que la nuit sera froide….et longue !
Les propriétaires sont accueillants. Ils se proposent de nous préparer un Dal Bhat.
Les enfants sont affamés, fatigués et excités de cette aventure !
Nous nous regroupons autour d’un feu de bois qui servira à nous chauffer mais aussi à cuisiner le Dal Bhat.
Une jeune fille de 13 ans aide à la cuisine et au service. Elle vient d’une famille en difficultés qui loue ses services à une autre famille un peu plus aisée. Elle est nourrie et logée, et sa famille reçoit un peu d’argent tous les mois.
Le propriétaire se joint à nous pour échanger quelques mots. Et de fil en aiguille, le voilà qui se met à nous « vendre » la fillette…. Il nous propose de l’emmener en France, il nous en fait même la promo ! Elle peut tout faire selon lui…. Lamentable ! On en a beaucoup vu au Népal, mais c’est bien la première fois qu’on nous vend un enfant… Nous avons beau lui expliquer que l’on ne peut disposer d’autrui, il ne veut rien comprendre et nous certifie que c’est le souhait le plus cher de cette jeune fille !!!
Nous n’avons plus rien à lui dire, surtout trop de colère en nous !
Il est temps d’aller nous coucher…

Nous admirons la chaîne de l’Annapurna


KATMANDOU
Rien à voir avec la douceur de vivre de Pokhara, nous sommes ici dans la capitale du Népal.
La ville vibre au rythme de ses habitants.
Nous avons trouvé un bivouac assez calme à côté d’un grand complexe bouddhiste.
Six heures du matin, nous sommes réveillés par les gongs et le bruit des cors. C’est l’heure de la première prière bouddhiste de la journée.
Sept heures, je lace mes baskets.
Je sors.
L’air est frais.
Je déclenche le chrono, et je me met à courir.
Ce matin, je croise de nombreuses femmes qui apportent leurs offrandes dans les temples proches de leurs maisons. Elles en ressortent avec la moitié des offrandes qu’elles partageront avec leur famille.
Autour des temples bouddhistes, les pèlerins déambulent en faisant tourner les moulins de prière et en égrenant un chapelet de graines et en marmonnant des « om mani padme hum » qui signifie « salut au joyau dans le lotus ».
Je me retrouve sur la ring road, le périphérique de la capitale. Même aussi tôt, la circulation est intense: motos, bus, voitures, vélos…. Chaque conducteur klaxonne pour prévenir de son passage.
Quel bruit !
Sur le bas côté, les poubelles s’entassent. Rien est prévu au Népal pour le traitement des déchets.
Chacun se débrouille avec ses ordures. Des décharges s’improvisent partout dans la ville.
Personne n’est choqué, c’est normal.
Les chiens, les cochons, les vaches farfouillent dans ces ordures et font un festin, éparpillant encore plus les déchets.
Plus loin, dans une benne, ce sont des enfants qui cherchent dans les poubelles pour essayer de récupérer quelque chose à manger, à vendre ou à utiliser…
En ville aussi, on se chauffe au feu. Mais il n’y a plus de bois à brûler. Tout peut faire office de combustible, même des sacs plastiques.
Je croise quelques femmes qui sont venues chercher leur mari ivre mort et explosé à la marijuana…
Je traverse un pont qui enjambe la Vishumati, la rivière sacrée de la ville.
De rivière elle n’a que le nom: c’est une décharge…
Il est temps pour moi de faire demi tour et de rentrer.
1h15 plus tard, j’ouvre la porte du camion. Une odeur de pain grillé vient chatouiller mes narines.
Je me retrouve dans la chaleur de Caonabo. Quel bonheur… Petit paradis au milieu de la misère, la poussière et le bruit. Que c’est bon !
11h30, l’école est finie.
Nous partons nous promener dans Katmandou.
Nous traversons Swayambhunath, le complexe bouddhique.
Ici aussi, les pèlerins font le tour du stupa gigantesque qui se dresse au dessus de la capitale et dont les yeux peints du Bouddha veillent sur la ville.
Les moulins de prières tournent. Les drapeaux de prières volent au vent.
Pour quelques roupies, un prêtre psalmodie des prières afin de bénir une famille.
Pour satisfaire les dieux, les membres de cette famille offrent du lait, du riz et allument de petites bougies à l’huile. Le rituel terminé, le prêtre appelle une autre famille.
Nos enfants tournent autour du stupa dans le sens des aiguilles d’une montre, leurs mains entrainant les moulins de prière.
Célestine fait tinter la cloche pour prévenir Bouddha de sa présence.
Pour notre déjeuner, nous achetons des « momos » qu’une femme cuisine dans la rue sur un bout de table. Les « momos », ce sont des petits beignets de légumes et parfois de viande cuits à la vapeur, un vrai délice !
Pendant que nous mangeons, des enfants de la rue viennent tourner autour de nous et nous demandent à manger. Célestine, qui ne voulait plus de ses momos, offre généreusement son assiette. Les enfants se battent entre eux pour pouvoir avoir au moins un momo. Comme toujours, les plus grands gagnent, les plus petits n’ont rien eu et continue à nous tourner autour…
Plus loin, des femmes et des enfants mendient : d’un geste de la main, ils nous montrent leur estomac et leur bouche. Les plus petits vont même jusqu’à soulever leur tee-shirt et se tapoter le ventre.
De jeunes adolescents sniffent de la colle ouvertement, dans la rue.
D’autres dorment enroulés autour de chiens errants et allongés sur de vieilles couvertures.
Un homme aux jambes en équerre se traine par terre et demande de l’argent.
Un enfant, la tête ensanglanté et les joues scarifiées s’approche de moi et s’accroche à ma polaire.
Lui aussi mendie. Je détourne mon regard, c’est trop pour moi.
J’emporterai ce visage dans les méandres de ma mémoire avec une question qui n’aura jamais de réponse: s’est il mutilé lui même ou est ce la personne qui l’envoie mendier ?
Pendant ce temps, un homme répare pour quelques roupies la basket de Clémentine qui est déchirée. Avec les quelques rudiments d’anglais qu’il connaît, il nous explique qu’il a 4 enfants à nourrir, mais qu’il a aussi la charge de ses 2 frères. Il veut plus d’argent….
A côté de cette misère, se déploie le quartier touristique où l’on peut boire un café ou un thé 4 fois plus cher qu’ailleurs au Népal.
Nous voulons consulter nos mails sur internet, mais il nous faut trouver un cyber café équipé d’un groupe électrogène, car il n’y a plus d’électricité : Katmandou vit au rythme des coupures d’électricité qui sont parfois de 18 heures sur 24 heures….
Fatigués par le bruit, la poussière, la pollution, nous retournons au camion.
Ce soir, nous avons des visiteurs: des singes se sont installés sur le toit du camion.
Nous leur lançons quelques cacahuètes pour les faire descendre. Comme toujours, les plus forts mangent, les plus petits récupèrent les restes….
Une fois à l’intérieur, la porte fermée, nous sommes contents de nous retrouver dans ce petit havre de paix qu’est Caonabo.

Les enfants ont fabriqué des momos dans le camion !



Les moulins à prières

Lieu des offrandes












Les yeux de Katmandu



On a adoré les momos !

Par ces quelques mots, j’ai essayé de retranscrire ce que nous avons pu voir au Népal durant deux mois.
Même si le Népal ne figure pas en tête de liste des pays que nous avons adoré, nous avons eu beaucoup de plaisir à vivre au rythme népalais et de nous imprégner de cette culture.
Le moment fort de ces deux mois a été notre passage à Chitwan, un parc national : les enfants ont assisté et participé au bain des éléphants ! Génial !

Et une douche pour Clem !

Une douche pour Nono et Tad !

A première vue, ils ont aimé !!

Une douche seule pour Tad !


Une douche pour 3 !



Nous étions cachés derrière un arbre pour pas qu’il nous charge !
Nous sommes en Inde depuis un mois.
Nous partons sacs au dos pour un mois et demi en Thaïlande, au Cambodge et au Laos.